mardi 25 juillet 2017

R. C. Sherriff - Le Manuscrit Hopkins

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Robert Cedric Sherriff 

Le Manuscrit Hopkins 

Ed. L'Arbre Vengeur 


Alors que la lune se rapproche irrémédiablement de la Terre, profondément naïf ou plus philosophe que le commun des mortels, Edward Hopkins fait face à cette perspective de fin du monde avec une placidité qui force le respect. De fait, son récit délivré aux hommes du futur éclaire moins sur le triste sort de la planète bleue que sur la nigauderie de son narrateur.

Le Manuscrit Hopkins est une variation moins catastrophique que satirique sur le thème de l'apocalypse et offre clairement plusieurs niveaux de lecture. Car derrière le récit amusant, léger et scientifiquement  peu sérieux de ce Candide de la perfide Albion se dissimule la critique d'une frange de la société et d'un mode de vie qui lui est propre. En effet, le personnage principal, passionné par les timbres et obnubilé par ses poules, ne réalise jamais vraiment l’ampleur de l'évènement annoncé. Il continue à vivre sa petite vie de bourgeois de province et entraîne ses championnes pour les concours de gallinacés, convaincu que certaines lois immuables de la société auront raison des conséquences de l'impact. Ajoutez à cela une poignée d'arguments anti-militaristes, un peu d'auto-dérision et une parodie évidente du genre exploité, vous obtiendrez un roman drôle, intelligent, original et extravagant. Pour ne pas dire lunaire.

dimanche 23 juillet 2017

Vassili Golovanov - Eloge des voyages insensés

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Vassili Golovanov 

Éloge des voyages insensés 

Ed. Verdier 


Sous-titré L'Île, le livre de Vassili Golovanov est le récit de ses voyages sur l'île de Kolgouev, dans la mer de Barents. Un récit, certes, mais pas que. Car l'essentiel de son récit ne réside pas dans le voyage et car le compte-rendu n'est pas exclusivement factuel. Vassili Golovanov part sur cette île du grand nord sans trop savoir ce qu'il y cherche, avec le vague espoir que son voyage l'incitera à se poser de bonnes questions et, pourquoi pas, à y trouver des réponses. C'est une quête personnelle, le besoin d'autre chose et l'envie d'un ailleurs.

Mais voilà, ses pas sur l'île le mènent bien plus loin que ce qu'il prévoyait et le confrontent à une situation dont il se fait le rapporteur et l'analyste. La description de l'île passe donc par l'étude de ce qui la compose et de la société qui la peuple, les Nénets. Nomades, chasseurs de rennes et surtout victimes du changement climatique et d'une évolution qui s'est faite sans eux, c'est un peuple ravagé par l'alcool et laissé pour compte. L'auteur se fait le témoin de leur situation et donne ses impressions sur leur culture et la mélancolie qui les caractérise actuellement. Fréquenter les Nénets lui donne à réfléchir à l'état plus général de la société depuis la chute du communisme.

L'ouvrage est assez éloigné du roman d'aventures et sa lecture demande une certaine concentration, d'autant plus que, dans un style poche de la prose poétique, il s'interroge sur de nombreux sujets abstraits. De plus, ses transitions sont parfois assez floues et il peut passer du coq à l'âne en un claquement de doigts. Une seconde d'inattention suffirait pour que vous perdiez le fil de ses pensées, ce qui serait d'autant plus regrettable qu'elles sont souvent aussi pertinentes qu'enlevées.

En faisant le portrait de cette île polaire, ce récit sensible donne la parole aux oubliés de la société et leur rend un hommage tout en finesse. C'est l'occasion de combler des lacunes historiques et géographiques (j'étais bien incapable de placer la mer de Barents sur une carte) et de découvrir le travail phénoménal de ce brillant journaliste, voyageur insensé.

samedi 22 juillet 2017

San-Antonio - Du brut pour les brutes

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San-Antonio

Du brut pour les brutes

Ed. Fleuve Noir


Pour que San-Antonio perde le suspect qu'il est en train de filer, c'est qu'il y a une bonne raison, en l’occurrence sauver une jeune femme en fâcheuse posture. Sauf qu'après coup, quand il réalise qu'elle l'a mené en bateau, il se demande naturellement si elle ne pourrait pas avoir été là que pour rompre la filature... Le mieux pour s'en assurer reste peut-être de retrouver l'un des deux, suspect ou poulette, l'autre pourrait ne pas être bien loin.

Et c'est reparti pour un tour. Notre commissaire préféré rameute le Gros et le Débris et se lance dans une nouvelle enquête. Ça séduit, ça dessoude, ça gargantoise, ça enfonce des lourdes à l'épaule et envoie des sacs de phalanges dans les ratiches, ça réfléchit à toute vitesse, invente du vocabulaire, argotise à foison, recycle des expressions consacrées et dépoussière la langue. C'est drôle, il y a des espions et des poulettes, des rebondissements et la fameuse psychologie San-A. Les éléments habituels, quoi, agrémentés d'un résumé truculent du Cid de Corneille à la sauce Béru et de quelques conseils plein de bon sens de Félicie.

Y'a pas à dire, San-A, c'est bath !

San-Antonio - Berceuse pour Bérurier

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San-Antonio

Berceuse pour Bérurier

Ed. Fleuve Noir


Cette histoire à dormir debout s'ouvre sur les planches d'un cabaret. Sur scène, par sa simple volonté, l'hypnotiseur plonge sa Sainteté Béru dans un profond sommeil après lui avoir fait ôter son costume. La description est pantagruélique, bien sûr. Dans la salle, notre bon San-A observe d'un œil sceptique. Mais quand il réalise que personne ne peut plus réveiller le Mahousse, il faut bien qu'il cherche une solution.

Il n'en faut pas plus pour le lancer dans une intrigue qui le mène rapidement à une affaire de gros sous et qui, si elle est correctement ficelée, est comme souvent un prétexte pour mettre en scène l'habituelle cour des miracles et les phénomènes de la maison Poulaga. Pinuche, Béru, Berthe, Alfred, le patron et notre héros, tous sont là. Quelques bourre-pifs, une paire de costumes de chez Borniol, deux ou trois souris peu farouches, le langage proverbialement inventif, une narration imagée, des jeux de mots saugrenus et des exposés dantesques... du pur San-Antonio. Et du grand cru, s'il vous plait !

Ah... Je me suis payé une bonne barre de rire, ça faisait longtemps. Tiens, je vais m'en enfiler un autre dans la foulée.

dimanche 16 juillet 2017

Hésiode - Théogonie et autres poèmes

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Théogonie - Les Travaux et les Jours 

Le Bouclier - Hymnes homériques 

Ed. Folio 


J'ai été à ce point emporté par ma lecture d'Homère que j'en ai éprouvé le besoin viscéral d'en apprendre plus sur cette mythologie grecque. Je continue donc à creuser le sujet avec Hésiode et sa Théogonie. Ce long poème en hexamètres dactyliques retrace la création du monde et la naissance des Dieux. Les listes succèdent aux recensements, on en apprend plus encore sur les lignées divines et celles-ci ne sont pas toujours raccord avec celles d'Homère. J'étais pourtant convaincu que l'arbre généalogique des habitants de l'Olympe tenait de la science exacte. Mais non. D'Homère à Hésiode, il y a des nuances.

La Théogonie est un livre important, un élément fondateur dans la mythologie grecque et probablement un passage obligé dans un parcours idéal de lecteur. Bien plus accessible que l'Iliade et l'Odyssée, ce n'en est pas moins un ouvrage difficile et parfois obscur. Ce n'est pas exactement une lecture passionnante et, plutôt que de chercher à tout saisir, mieux vaut se laisser bercer par le chant et porter par le rythme. Alors, la poésie l'emporte et le lecteur se voit charmé par une voix profonde, métaphorique et, d'une certaine façon, captivante.

lundi 10 juillet 2017

Henry S. Whitehead - La mort est une araignée patiente

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Henry S. Whitehead 

La mort est une araignée patiente 

Ed. L'éveilleur 



Ni la quatrième de couverture ni la préface ne tournent autour du pot, elles font l'une et l'autre directement référence à Lovecraft. J'ai donc un peu hésité à me lancer dans ce livre, refroidi par mes expériences passées avec le père de Cthulhu - je m'y suis frotté plusieurs fois déjà et suis systématiquement resté à la porte de son univers. Mais, très attiré par ce bel objet, joliment illustré et à la mise en page intéressante, j'ai sauté le pas. Je crois que j'ai bien fait de pousser cette porte-ci, j'ai eu moins de mal à la franchir.

La mort est une araignée patiente est un recueil de nouvelles effrayantes, écrites par un révérend américain du tournant du siècle passé, auteur oublié d'une ribambelle de textes de la période Weird Tales. Souvent tirées d'anecdotes entendues lors de ses séjours dans les îles des Petites Antilles, les sept histoires rassemblées ici mettent en scène un jeune homme confronté à des phénomènes étranges qui trouvent souvent leur explication dans la magie noire, les malédictions et autres ensorcellements locaux. De fait, c'est bien qu'il n'y ait pas cinquante histoires dans ce livre car, fonctionnant un peu toutes sur le même modèle (présentation d'une situation, effet d'annonce, quelques scènes inquiétantes et solution piochée dans le folklore insulaire), ça pourrait devenir répétitif.

Dans le registre cauchemardesque, l'œuvre de Whitehead se pose là. Le livre est angoissant, serait parfait à lire à voix basse près d'un feu crépitant et donne assez envie de laisser la lumière allumée pour la nuit. Mais il a un autre intérêt que celui de se faire peur. Si on fait abstraction de la certaine forme de racisme ordinaire, des quelques réflexions surprenantes sur ce qui est propre aux blancs, ce qui l'est aux noirs, on peut voir dans ce portrait des Antilles un passionnant glossaire des croyances qui en régissent la vie, l'incroyable peinture d'une existence révolue assez primitive et le cliché sépia granuleux d'une culture très forte.

Maintenant, si, comme le précise la postface, cet ouvrage a été placé sous le signe du vaudou, reste à espérer qu'aucun esprit malin ne viendra en importuner les lecteurs. Dans le doute, je vais peut-être dormir la lumière allumée cette nuit.

samedi 8 juillet 2017

Théo Varlet - Le roc d'or

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Théo Varlet

Le roc d'or

Ed. L'Arbre Vengeur


En 1927, dans les pages du Figaro, paraissaient les épisodes d'un feuilleton étincelant, un roman au titre évocateur. Théo Varlet, fortement marqué par le premier conflit mondial et par ses conséquences sur l'économie, imagine une solution radicale à la situation de crise et une manière drastique de redorer le blason national : une météorite géante composée d'or et de fer, tombée dans l'Océan Atlantique, bizarrement flottante, rapidement annexée par la France et vers laquelle se tournent les regards envieux venus de l'étranger. Antoine Marquin, le narrateur, est sur le bateau qui se dirige vers cette fortune venue de l'espace. Il raconte ce dont il est témoin et se retrouve plus qu'à son tour à devoir mettre les mains dans le cambouis doré.

Ce livre obéit aux codes et, comme dans tout bon roman-feuilleton qui se respecte, les chapitres se terminent sur des rebondissements, les retournements de situations s'enchaînent, l'amitié est à l'appel, de même que la traitrise et l'inattendu. Il y a, bien entendu, une intrigue sentimentale et l'auteur de La grande panne, en véritable poète, laisse libre cours aux envolées lyriques dont il a le secret, sans jamais pour autant tomber dans les écueils de la mièvrerie.

Le roc d'or est un livre captivant, un vrai récit d'aventures et une œuvre littéraire de premier ordre. Mais - et je crois que c'est ce qui m'a le plus marqué - c'est également un témoignage précieux de l'état d'esprit des français - du moins de certains d'entre eux - en ce début des années vingt du siècle passé. Le roman est doté d'un fort sentiment national. Comme je le disais, Théo Varlet est un produit de son époque et, alors que j'avais déjà été surpris par son chauvinisme sans nuance dans L'épopée martienne, il est ici touché par une fièvre patriotique manifeste et ne se donne pas même la peine de dissimuler son sentiment de supériorité sur les autres pays auxquels il attribue des idées stéréotypées assez basiques.

Le roman, son déroulement et les avis que ses personnages expriment sur la concurrence et la collaboration internationale montrent bien un sentiment difficile à comprendre en notre époque globalisée. Mais la France est alors un pays sinistré et n'aspire probablement qu'à retrouver sa grandeur d'antan et la place centrale qu'elle a longtemps occupée sur l'échiquier mondial. Une chose est sûre, c'est que, même marqué par son époque, Le roc d'or est une belle pépite littéraire, une de celles qui ne se dévaluent pas.



vendredi 30 juin 2017

Jacques Spitz - L'œil du purgatoire

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Jacques Spitz 

L’œil du purgatoire 

Ed. L'Arbre Vengeur 


Il n'y avait plus besoin de preuve quant au talent de Jacques Spitz. Mais s'il en fallait une de son profond cynisme, elle est toute trouvée avec L’œil du purgatoire. Son personnage principal, peintre désabusé, ne jette plus que des regards sardoniques sur ses contemporains, ne se prive d'aucun commentaire bien senti sur ces derniers et clame haut et fort son hostilité contre le monde. Dépressif, aigri et bien décidé à en finir, il croise un homme qui voit en lui le parfait cobaye pour une expérience digne d'un savant fou et qui lui inocule un bacille qui altèrera sa vision. Il réalise alors que ses yeux ne lui montrent plus ce qu'il voit mais lui offrent une vision déformée du monde à venir. De simple citoyen délétère, il devient observateur privilégié d'une société agonisante et, condamné à contempler un environnement moribond, il sombre dans un cauchemar qui lui fait relativiser la conception qu'il avait alors de ses semblables.

Il y a des thématiques récurrentes dans l’œuvre de Jacques Spitz, notamment celle d'une humanité entravée par des œillères, embarrassée par ses défauts. C'est un auteur qui aime toucher du doigt les bassesses de l'Homme et mettre en lumière les déviances dont il ne peut se défaire. Après La parcelle "Z" et L'homme élastique, voici une nouvelle démonstration de ses obsessions. L'auteur de La guerre des mouches nous livre ici une histoire raffinée, superbement écrite et d'une incroyable finesse psychologique. Ce court roman est un tour de force stylistique, une intrigue particulièrement bien sentie et, en poussant son personnage à l'extrême, il va au fond des choses, sans concession.

Marc Wersinger - La chute dans le néant

marc wersinger chute néant arbre vengeurMarc Wersinger 

La chute dans le néant 

Ed. L'Arbre Vengeur 


Un épais mystère plane autour de Marc Wersinger. Il serait l'auteur d'un seul et unique livre, c'est à peu près tout ce qu'on sait de lui. Un seul livre, oui mais quel livre !

La chute dans le néant est un bel exemple de ce que le merveilleux scientifique français de la première moitié du XXème siècle a produit de meilleur. Il conjugue aventures fantastiques, intrigue psychologique, démonstrations scientifiques et questionnements existentiels. Son personnage principal, Robert Murier, ingénieur, se découvre un beau jour un incroyable pouvoir, celui de contrôler la composition moléculaire de son corps. Après une période de tâtonnements et quelques déconvenues cocasses, il finit par maîtriser le phénomène, pouvant alors modifier sa taille, se dématérialiser ou se téléporter à loisir. Jusqu'au jour où, le contrôle lui échappant complètement, il devient victime de ses facultés...

Ce roman est tout à fait surprenant, déjà dans l'évolution de son ton. On passe, crescendo, d'une ouverture loufoque et truculente à une chute oppressante et critique sans même réaliser les moments de bascule tant le glissement s'effectue avec fluidité et subtilité. De même, le spectre des sentiments du personnage est d'une largeur inouïe et varie finement du comique au dramatique en passant par la culpabilité, l'amour et l'incompréhension. Face à l'inconnu et aux situations inédites, les interrogations personnelles de Robert Murier s'accompagnent d'une prise de conscience de son environnement et d'une description poétique des éléments qui nous entourent. L'auteur s'interroge alors, sans prétention aucune, sur la place de l'Homme dans son Univers et sur l'impression qu'il a de détenir les pleins pouvoirs sur toutes choses en ce bas monde.

Des situations burlesques aux scènes terribles, La chute dans le néant est un livre captivant, très original et le destin de son personnage ne peut laisser de marbre. Il est dommage et assez incompréhensible qu'il ne soit pas plus connu et n'a absolument rien à envier à L'homme qui rétrécit de Richard Matheson. On peut d'ailleurs naturellement se demander si celui-ci ne l'a pas lu avant d'écrire son chef d’œuvre.

lundi 19 juin 2017

Quentin Leclerc - La ville fond

Quentin Leclerc La ville fond Ogre Quentin Leclerc 

La ville fond 

Ed. Ogre


Suite à un échange avec l'éditeur, j'ai supprimé cet article qui chroniquait un ouvrage à paraître. Il retrouvera sa place à parution, le 7 septembre.